L’AFRIQUE ENTRE LA TRADITION ET LA MODERNITE

Georges Ngango
Ethiopiques numéro spécial
revue socialiste de culture négro-africaine
70ème anniversaire du Président L. S. Senghor
novembre 1976
Auteur: Georges Ngango Le dualisme, l’écartèlement et la tension qui caractérisent la société africaine contemporaine ne sont que la manifestation de cette bipolarité fondamentale qui travaille et tiraille l’Afrique entre la tradition et la modernité.
C’est le résultat logique de la rencontre de l’Afrique et de l’Occident et c’est pourquoi leur origine remonte loin dans l’histoire de cette rencontre.
Au début de ce siècle, un écrivain africain d’outre-atlantique, le Docteur William Edward Burghardt du Bois, exprimait cet écartèlement et ce dualisme dans des accents particulièrement dramatiques:
« C’est un sentiment étrange, écrivait-il, que cette double conscience, cette impression de toujours se regarder à travers les yeux des autres, de mesurer son âme à l’échelle d’un monde qui vous regarde avec amusement, mépris et pitié. On sent toujours sa dualité..., deux idéaux en conflit dans un seul corps noir dont la force indomptable seule l’empêche d’être déchiré en deux ».
Ce diagnostic du Docteur du Bois, d’il y a exactement 73 ans, n’a pas perdu aujourd’hui de sa signification. Au contraire, on peut même dire que cette tension s’est accentuée depuis et se trouve aujourd’hui à l’origine du drame dans lequel l’Afrique se débat désespérément.
C’est pourquoi il m’a semblé de la plus haute importance pour nous, à l’occasion du 70e Anniversaire de celui dont toute la vie respire ce drame, de prendre la mesure de cette tension.
On ne comprendrait rien à la tension qui tiraille l’Afrique entre la tradition et la modernité et qui culmine dans les soubresauts et l’instabilité politiques, économiques et socio-culturels particulièrement aigus, si l’on ne se représentait pas correctement la dislocation ou la cassure qui a été provoquée par le contact avec l’Occident.
Il convient, bien entendu, de se garder de se représenter ce contact comme celui d’un monde africain inorganisé, misérable avec un monde européen qui apportait à cette table rase le trop plein de sa richesse, de sa puissance et de sa créativité.
Il y a en effet, sur ce problème, une imagerie romanesque, une littérature dont se sont repues de nombreuses générations européennes de l’époque coloniale et qui cependant n’a rien de scientifiquement éprouvé.
Le premier contact colonial L’éminent historien Léo Frobenius nous a donné une fresque impressionnante de ce qu’était la société africaine avant et lors du premier contact colonial, dans sa fameuse « Histoire de la Civilisation africaine ».
« Lorsque les premiers navigateurs européens à la fin du Moyen Age arrivèrent dans la baie de Guinée et abordèrent à Vaïda, écrit-il, les capitaines furent fort étonnés de trouver des rues bien aménagées, bordées sur une longueur de plusieurs lieues par deux rangées d’arbres, ils traversèrent pendant de longs jours une campagne couverte de champs magnifiques, habitée par des hommes vêtus de costumes éclatants dont ils avaient tissé l’étoffe eux-mêmes.
Plus au Sud, dans le Royaume du Congo, une foule grouillante de « soie » et de « velours », de grands Etats bien ordonnés, et cela dans les moindres détails, des souverains puissants, des industries opulentes, civilisées jusqu’à la moelle des os. Et toute semblable était la condition des pays de la côte orientale, le Mozambique par exemple ».

Les révélations des navigateurs du XVe au XVIIIe siècles fournissent la preuve certaine que l’Afrique nègre, qui s’étend au sud de la zone désertique du Sahara, était encore en plein épanouissement dans tout l’éclat de civilisations harmonieuses et bien formées. Cette floraison, les conquistadores européens l’anéantissaient à mesure qu’ils progressaient. Car le nouveau pays d’Amérique avait besoin d’esclaves et l’Afrique en offrait des centaines de milliers de pleines cargaisons.
Ce premier contact bassement mercantile, puisqu’il s’agissait de la traite des Nègres que les historiens ont pu évaluer entre 300 millions (hypothèse forte) et 150 millions (hypothèse faible), ce premier contact a eu de très graves répercussions sur l’équilibre et les conditions de survie des sociétés africaines.
Cette traite qui a sévi en Afrique de 1441 à 1865 environ, s’est traduite en effet par une ponction démographique extraordinaire qui explique la stagnation économique et sociale de l’Afrique pendant toute la période qu’a duré la traite.
Alors que la population mondiale passe de 1650 à 1950 du simple au quintuple (de 550 millions à 2.400), celle de l’Afrique réussit à peine à doubler (de 110 à 200) après avoir stagné pendant toute la période de la traite. C’est ce que révèle la statistique suivante établie par l’Institut Français de la Statistique et des Etudes Economiques (Populations en millions d’habitants) :
  1650 1750 1850 1920 1940 1950
Population de l’Afrique... 90-110 90-110 90-110 130 180 200
Population mondiale... 5000-550 700-750 1200 1800 2150 2400
Pourcentage de l’Afrique dans la population mondiale... 18-20% 13-14% 8-9% 7,2% 8,2% 8,4%
Les conséquences de cette traite ne sont pas seulement démographiques, puisqu’elles ont affecté également le processus même de croissance des sociétés africaines et de leurs économies à un degré difficilement chiffrable. C’est de ce contact mercantile fondamentalement conflictuel qu’est résultée la dislocation des sociétés africaines traditionnelles aussi bien dans leur aspect économique que dans leurs aspects politiques, sociaux et culturels.
Je voudrais d’une manière plus systématique tenter de démonter les mécanismes essentiels qui ont contribué le plus à créer le dualisme qui habite l’Afrique contemporaine. Ce sera la première partie de notre exposé où après avoir campé l’Afrique nous examinerons comment progressivement d’une part la création des centres de salariat promus plus tard en villes et d’autre par l’introduction du système de valeurs économiques et sociales de l’Occident, comment progressivement tout cela a contribué à la dislocation de la société traditionnelle et s’est durci actuellement en dualisme tragique entre la tradition et la modernité.
Dans une deuxième partie, nous tenterons de dégager l’enjeu véritable de la tension actuelle entre la tradition et la modernité en montrant d’une part le caractère fallacieux de la modernité conçue comme négation de la tradition et en ouvrant en conclusion les perspectives de la solution de cette tension féconde entre la tradition et la modernité.
La dislocation de la société africaine traditionnelle Deux phénomènes particulièrement déterminants, l’urbanisation et le système de valeurs économiques et sociales importé, ont contribué à disloquer les sociétés africaines traditionnelles et leurs économies.
Pour mieux apprécier les effets de ces deux phénomènes majeurs, il n’est pas inutile de dire un mot, si bref soit-il, sur les structures de ces économies traditionnelles auxquelles d’ailleurs très peu d’études systématiques ont été consacrées.

Structures des économies traditionnelles

On a généralement l’habitude de définir négativement les économies africaines traditionnelles comme étant essentiellement des économies de subsistance ne reposant pas sur l’échange ou comme des économies non-monétaires. Mais cette définition comme toute définition négative, ne permet pas de saisir de l’intérieur la réalité des économies africaines traditionnelles et de plus elle trahit dans une très large mesure la réalité puisqu’elle méconnaît l’existence dans ces économies d’un véritable réseau de transactions et donc d’échanges portant sur le travail, la terre et les produits.
Positivement, et en première approximation, ces économies traditionnelles se caractérisent par le fait que la production la distribution et la possession sont régies par des considérations sociales, par une éthique sociale. Cette éthique sociale se traduit entre autres par ce qu’on a coutume d’appeler l’esprit communautaire Africaine que Marx, dans son analyse des « économies primitives » appelait « le communisme primitif ». Cet esprit communautaire, cette solidarité familiale tribale et clanique n’étaient pas la manifestation d’une harmonie pré-établie, mais la résultante d’une dialectique permanente entre les forces supérieures (fondateurs de clans défunts, etc...), les hommes vivants et les forces inférieures (animaux, plantes, minéraux etc...).
Cette dialectique entre forces supérieures, hommes, vivants et forces inférieures, visait du maintien et à l’accroissement de la force vitale des hommes et à l’intégration communautaire de ceux-ci dans la société. Elle visait à la création d’une conscience communautaire garantie non seulement par le coude-à-coude quotidien imposé par diverses activités concertées de la famille et du clan (travaux des champs, chasse, pêche constructions, guerres, palabres, etc...) mais également par l’éducation que la communauté prodiguait à travers divers moyens de culture tels que les jeu, les rites initiatiques, les contes et les légendes, les rites cosmogoniques, l’histoire du clan et des héros, les chants et danses, les cérémonies diverses de décès, de mariage et de naissance, etc...
A ce sens et à cette organisation communautaire s’ajoutent un sens aigu d’hospitalité et un sens religieux non moins aigu qui transparaissent dans l’organisation même de la société et dans toutes les manifestations de la vie sociale. Le rapport de la société avec la nature, la fonction respective de la femme et de l’homme dans la société et dans l’économie, étaient de caractère sacral et tout un système d’interdits et de rites concrétisaient cette conception religieuse et ce caractère sacral de l’action de l’homme dans la nature et sur la nature.
Cette éthique sociale communautaire avait pour conséquence, entre autres, de garantir la subsistance de tous grâce à une répartition équitable des ressources et au droit de chaque membre de la société de recevoir une aide de la société entière, en cas de besoin et surtout de détresse personnelle.
La répartition des terres et des tâches, l’organisation du travail dans le processus de production ainsi que l’utilisation des biens et services (bref, la production et la distribution) sont elles aussi l’expression concrète de l’obligation due à la parenté, l’affiliation tribale, aux devoirs religieux et moraux.
Dans ces économies, le travail est le fait de l’homme et de la femme. Il n’y a pas de problème, comme on en connaît dans certaines sociétés contemporaines, du travail de la femme !
Cette division du travail englobant toutes les forces vives de la société, remplissait une fonction capitale, celle de l’intégration des individus, de tous les individus de la société, en assignant à chacun d’eux une place fonctionnelle, mieux, un rôle capital et irremplaçable. Ainsi l’activité économique de chacun apparaissait essentiellement comme l’activité des membres d’un groupe homogène et non pas comme celle d’individus isolés poursuivant chacun son destin séparé de celui des autres.
Le rôle de la femme dans ces économies était lié à sa nature même symbolisée par la fécondité. A la femme, revenait constitutionnellement de porter et de donner la vie ; à elle également devaient revenir, sur le plan économique, les activités de la fécondité et de maintien de la vie : fécondité au niveau de la production vivrière destinée à maintenir et à accroître la force vitale.
A l’homme revenaient, par contre, les activités de la mort : la pêche, la chasse, la guerre, bref tous les travaux de la conception et de l’organisation du travail, on peut dire que dans les sociétés traditionnelles « on ne travaille pas pour le compte de quelqu’un, mais avec les autres membres du groupe auquel on appartient, pour la satisfaction des besoins de tous » (1).
Le droit foncier reflétait cette conception communautaire du travail. La propriété de la terre n’était pas individualisée mais communautaire. La sécurité de cette possession communautaire était d’ailleurs sauvegardée grâce à une série de pratiques allant jusqu’aux interdits d’ordre magico-religieux.
Ainsi le travail, la terre, les services et les biens produits étaient répartis, échangés ou acquis selon des modes de transaction forte sur la réciprocité et la redistribution et non pas sur le principe de l’échange sur le marché.
Réciprocité d’abord, dans ce sens qu’il y a obligation de donner et de rendre, obligation dictée non pas par une crainte juridique quelconque, mais par quelque chose de plus intime encore, à savoir les liens de parenté, d’amitié, de voisinage, d’affiliation tribale ou quelque autre forme de relation sociale.
Réciprocité ensuite, c’est-à-dire le paiement socialement obligatoire de biens matériels, d’objets utilisés comme monnaie ou de main-d’œuvre à une autorité centrale traditionnelle, politique ou religieuse qui, elle, va utiliser ces recettes non seulement pour son propre usage, mais également pour dispenser des services à la collectivité (défense du groupe et organisation des fêtes, par exemple), pour récompenser ceux qui ont rendu certains services ou en guise de secours d’urgence en cas de détresse individuelle ou collective.
Il est important de mentionner ici, eu égard à ces implications multiples et surtout psychologiques dans l’économie du développement, le problème posé par la conception du temps dans l’économie traditionnelle de subsistance surtout en matière de rythme et de période de travail.
La durée et le rythme de travail étaient, en effet, commandés non seulement par les conditions climatiques, mais également par le fait que toute l’activité économique était centrée essentiellement sur la subsistance.
Le fait que les besoins économiques ressentis par ces sociétés traditionnelles étaient essentiellement des besoins de subsistance, réduirait énormément le champ des activités productions. Dans l’Afrique contemporaine, on retrouve dans le chômage déguisé, les séquelles de cette regrettable conception du temps affectant gravement le travail continu. Des recherches récentes ont révélé que dans les régions d’Afrique où, grâce aux possibilités d’irrigation il existe deux récoltes annuelles, on ne compte bien souvent qu’un peu moins de 200 jours de travail par an et 100 jours environ pour les régions à une seule récolte [
1]. Le reste du temps est consacré aux activités non économiques et en particulier aux activités de mariage, de naissance ou de mort...
On a montré, chiffres à l’appui, combien en Asie, les sommes consacrées à ces cérémonies sont considérables : dans l’Inde agricole, 7,2% du revenu par tête y sont consacrés. C’est-à-dire que les fonds consacrés à ces cérémonies, s’ils étaient l’objet d’un placement productif, accroîtraient les investissements productifs de l’Inde de 50 %.
Il est fort probable que, si de tels calculs étaient effectués pour l’Afrique, nous assisterons à des révélations effarantes.

La dislocation des économies traditionnelles

Nous ne pensons pas fausser la réalité en cherchant à caractériser l’influence de l’économie et de la civilisation européenne sur les structures socio-économiques africaines par ces deux séries de phénomènes : l’urbanisation d’une part et les normes de l’économie mercantile d’autre part,
Car la rencontre de l’Afrique et de l’Occident s’est faire essentiellement sur des bases mercantiles ; et ces bases mercantiles ont eu pour matérialisation la création de comptoirs commerciaux, de centres industriels et politico-administrarifs, l’introduction de cultures nouvelles destinées essentiellement à l’exportation. C’est par ces deux phénomènes, en effet, que la société africaine s’est trouvée fortement ébranlée, désorganisée, puis disloquée. Voyons concrètement comment s’est opérée cette dislocation.
1°) Le phénomène urbain fit ses conséquences Le phénomène urbain est certainement un phénomène capital si on en juge par l’abondante littérature qui lui a été consacrée. Dans un catalogue bibliographique que M. Paul Verhaegen a dressé en 1962 à ce sujet, on compte plus de 2.544 ouvrages et articles traitant du problème de l’urbanisation de l’Afrique Noire [1].
Du point de vue morphologique, on peut dire que les villes africaines peuvent se classer en trois groupes suivant leur fonction principale :
a) on a d’abord les villes ayant la fonction portuaire comme fonction principale : comptoirs maritimes, fluviaux ou lacustres. Les villes de ce type sont les plus nombreuses et de loin les plus importantes : Saint-Louis, Dakar, Bathurst, Freetown, Monrovia, Conakry, Accra, Sekondi-Takoradi, Lomé, Abidjan, Lagos, Porto-Novo, Douala, Libreville, Luanda, Capetown, Port-Elisabeth, East London, Durban, Lourenço Marquès, Dar-es-Salam, Zanzibar, Mombassa, Mogadiscio, Brazzaville, Karthoum, Bamako, Fort-Lamy, Bangui, Léopoldville, Stanleyville, Coquillatville, etc...
b) viennent ensuite les villes dont la fonction principale est une fonction ferroviaire, dans ce sens qu’elles constituent un terminus du chemin de fer ou en général un point de rencontre privilégié du chemin de fer et de la route : Naïrobi, Kampala, Tabora, Yaoundé, Nova Lisboa, Luluabourg, Salisbury, Bulawayo, etc...
c) enfin viennent les villes dont la fonction principale est une fonction minière et industrielle. Le fait par exemple que les gisements miniers les plus riches de l’Afrique Centrale se trouvent dans les régions les plus éloignées des côtes, joint au problème difficile de transport de minerai pondéreux, a rendu nécessaire l’implantation sur place de pôles industriels avec des complexes métallurgiques à côté des principales usines ou au centre des groupes miniers : Roan Atelope, Mufulira, Elisabethville, Jadothvil1e, Kolwesi, Ndola, etc...
Il faudrait mentionner à part ce que Denise Douche appelle les villages de liberté constitués par l’administration, les protestants, la société antiesclavagiste de France dont quelques-uns ont pris rang de villes.
Ces différents centres urbains créés pour des motifs mercantiles vont exercer sur le reste de la structure socio-économique de l’Afrique une influence destructive. La ville devient, en effet, une vitrine extraordinairement puissante de publicité et de propagande pour un ordre social et économique nouveau qui exerce sur les consciences paysannes l’influence d’une irrésistible séduction.
Les besoins en main-d’œuvre et en petits commis pour le fonctionnement des économies urbaines naissantes vont provoquer, sous des motivations diverses et souvent par recrutement forcé, un exode rural d’une très grande ampleur. En effet, étant donné que ce sont les éléments les plus prometteurs qui tentent l’aventure des nouveaux centres urbains, on comprend que leur départ affecte et affaiblisse les structures sociales et économiques de la société villageoise, sa sécurité et sa cohésion. Cette perturbation de l’équilibre de la société traditionnelle a pour une des conséquences d’accentuer l’attrait de la ville dans un processus cumulatif qui amplifie à l’extrême les mouvements migratoires vers les villes, mouvements aggravés d’ailleurs par l’action stimulante de l’administration et des organismes privés de recrutement de main-d’œuvre. C’est ainsi que les villes africaines apparaissent comme facteur majeur de la dislocation de la société traditionnelle.
Certes, la comparaison de l’évolution urbaine et industrielle de l’Afrique avec celle de l’Europe du XIXe siècle présente des analogies frappantes : mêmes déséquilibres socio-économiques, même inadaptation aux grandes concentrations urbaines. Tout d’abord le phénomène endogène (surgissant à l’intérieur du monde qui lui a donné naissance), alors qu’il est en Afrique un phénomène exogène. Cette différence est importante en ce qui concerne en particulier l’ampleur des déséquilibres socio-culturels et leur possibilité de résorption. Ensuite, alors qu’en Europe les villes ont connu et connaissent encore concomitamment un accroissement du volume de l’emploi, les villes africaines ne sont bien souvent que le résultat d’un simple transfert du sous-emploi de la campagne vers la ville.
Cette remarque étant faite, on peut ajouter que les villes africaines sont le lieu par excellence de la détribalisation des masses c’est-à-dire le lieu où se consomme la rupture entre ces masses urbanisées et le monde traditionnel.
En effet, la vie urbaine en Afrique brise non seulement la vie familiale traditionnelle, mais également le système économique et les liens politiques traditionnels. Elle entraîne la dégénérescence morale et spirituelle, la désintégration de la famille étendue, devenue impossible dans les nouvelles sociétés urbaines à cause du coût élevé de la vie qu’elle implique et de nombreuses obligations où l’idée généreuse de coopération économique se heurte à l’économie urbaine de compétition. Elle renverse la hiérarchie sociale traditionnelle, désintègre le système philosophique, les idéologies, les organisations politiques, les formes artistiques, bref tout cet ensemble de valeurs qui constituaient la cohérence interne de la société africaine traditionnelle. L’indépendance n’a pas contribué à atténuer cette action corrosive. Au contraire [1] cet état de fait contribuait intensément à la désintégration de la société rurale. On constate, en effet, qu’à mesure que la ville grandit et s’affermit, la campagne s’appauvrit proportionnellement en hommes et en ressources, ce qui entraîne progressivement l’affaiblissement et la dislocation des structures sociales de la campagne, car la ville agit : dangereusement sur la campagne, par un double mouvement de flux et de reflux en lui aspirant ses forces vives et en lui renvoyant celles de ses forces vives qu’elle n’a pu intégrer pour une raison ou pour une autre. Ce mouvement de flux et de reflux se remarque surtout par le va-et-vient des travailleurs saisonniers qui font la navette entre la ville et la campagne.
« Lorsque, à l’expiration de son contrat, écrit M. R. Bertieaux, le travailleur rentre au village, il est, au contact de la vie européenne profondément transformé dans ses habitudes et sa mentalité. Certains d’entre eux deviennent un élément de dissolution au sein des chefferies. Comme les jeunes surtout subissent l’attrait des centres industriels et urbains l’abîme s’est creusé et progressivement élargi entre les générations différentes. La vie coutumière ne répond plus aux aspirations des nouvelles générations qui ont connu les conditions d’existence des centres de salariat. La cellule sociale de la chefferie se dégrade » [
2].
Les centres de salariat que sont les villes africaines connaissent eux-mêmes de très grandes perturbations dont nous allons retenir ici deux des plus marquantes :
a) Ils connaissent tout d’abord une profonde instabilité psychologique et sociale. En effet, à la faveur de l’urbanisation, un type de rapports nouveaux va naître entre les éléments détribalisés (et urbanisés), rapports très artificiels qu’on essaie de normaliser en tentant de recréer en ville l’ambiance tribale.
Car malgré l’individualisme que favorise la vie citadine, on remarque une certaine solidarité entre les membres urbanisés d’une même tribu ou d’un même clan. La conscience d’appartenance se modifie effectivement beaucoup plus lentement que les structures sociales en décomposition et elle se trouve même, paradoxalement, stimulée par le déracinement social.
Mais l’esprit de solidarité lui-même se trouve entamé par le milieu urbain. De fait, la solidarité qui subsiste non seulement entre les éléments détribalisés, mais également entre ceux-ci et leur milieu rural, constitue un obstacle sérieux à l’amélioration du niveau de vie des citadins et partant à la constitution d’une épargne nécessaire au développement. Ainsi le parasitisme qui s’est greffé sur l’étique sociale de solidarité tribale et clanique, devient un facteur de dégradation du vrai sens communautaire. Le Président Nyéréré de la Tanzanie citait précisément à propos du vrai sens communautaire africain un proverbe swahili combattant le parasitisme : « Reçois ton hôte pendant deux jours, le troisième jour, donne-lui une houe ».
L’aggravation du chômage urbain consécutif à la dislocation de l’économie traditionnelle va lourdement peser sur le budget des travailleurs urbains dont la plupart ne touchent que des salaires de misère.
On constate que dans les meilleurs cas de rémunération, l’augmentation du revenu de l’un des membres de la famille se traduit presque toujours par l’augmentation des parents qu’il doit entretenir, ce qui n’améliore pas sa situation réelle.
b) La deuxième perturbation liée aux centres africains de salariat est d’ordre démographique. Le déséquilibre démographique se traduit en milieu urbain par un dangereux désajustement du sex-ratio, c’est-à-dire du rapport entre le nombre de femmes et le nombre d’hommes. L’influence psychologique et sociologique de ce désajustement est d’une très grande importance comme nous le verrons plus loin.
De nombreuses enquêtes faites à ce propos ont révélé la gravité de déséquilibre. Le Père Jacques Denis, géographe et sociologue, a pu ainsi dresser en 1958, un diagramme que nous reproduisons ici en le reconvertissant, dans une forme chiffrée plus lisible. Les chiffres correspondent chaque fois au nombre de femmes, pour chacune des villes suivantes de l’Afrique Centrale où l’enquête a été faite [
3]. 1. Usumbura 83%
2. Bukavu 83%
3. Coquilatville 82%
4. Elizabethville 82%
5. Jadotville 82%
6. Luluabourg 81%
7. Stanleyville 78%
8. Kolwesi 72%
9. Matadi 67%
10. Léopoldville 56%
11. Yaoundé 71%
12. Douala 73%
13. Fort-Lamy 94%
14. Pointe Noire 82%
15.
Brazzaville 62%
16. Coperbelt 66%
17. Livingstone 47%
18. Kampala 69%
19. Linia 47%
20. Luanda 68%
Les conquêtes ont même, dans certaines localités, permis d’établir le sex-ratio suivant les ethnies. C’est ainsi qu’une enquête de 1952 au quartier New-Bell de Douala a fourni les résultats suivants du sex-ratio : Haoussa 107%
Ewondo 70%
Bassa 61%
Bamiléké 39%
Bamoum 32%
Baminda 17%
Ce déséquilibre du départ va avoir des répercussions très graves sur l’équilibre de la société africaine coloniale et même post-coloniale. Il va pousser les femmes devenues pléthoriques en campagne à quitter celle-ci pour la ville où elles deviennent « marchandises rares » et par conséquent à changer constamment de partenaire. Ceci va ajouter à l’instabilité générale par la prolifération de sous-produits du mariage : divorces et remariage en chaîne, concubinage, prostitution.
Ainsi la famille se désagrège, les liens de parenté se distendent et se dissolvent, les allégeances politiques et sociales traditionnelles se détruisent.
La mobilité sociale, tant des populations rurales que des populations urbaines, la rupture avec le système traditionnel de référence et d’éducation, tout cela va créer un déséquilibre général dont le clivage culturel, nous le verrons, n’est pas des moindres. 2°) L’économie mercantile et ses conséquences. Si le phénomène urbain a désorganisé la société traditionnelle sur le plan socio-géographique, l’économie industrielle, commerciale et de plantation va, quant à elle, opérer à un niveau plus profond, au niveau des valeurs, des mentalités et des conduites.
La conception, l’organisation, le rythme du travail traditionnel, vont se retrouver profondément modifiés par l’économie nouvelle impliquée par l’industrialisation.
Alors que dans l’économie traditionnelle l’organisation du travail était fondée sur une éthique communautaire et assurait l’intégration des membres de la société en leur assignant à chacun un rôle dans l’économie, l’industrialisation importée se fonde sur une conception individualiste qui ne permet au travailleur que de remplir une fonction. Or, il y a là une différence fondamentale, puisque le rôle contrairement à la fonction implique une intégration complète des conduites individuelles dans un ensemble de productions collectives harmonisées [
1].
L’intégration au collectif suppose la préparation de l’individu à jouer un rôle économique et social, ce qui exige un apprentissage méthodique et complet. Or, la société industrielle ne propose au travailleur africain qu’une fonction à l’intérieur d’une économie qui, constitutionnellement, favorise l’installation des distances psychologiques entre le travailleur et son activité.
« Le cultivateur qui devient ouvrier industriel, dit Zoran Bujas, doit s’adapter à servir la machine, doit se soumettre à un travail divisé et en général sans aucun intérêt intrinsèque. Il est obligé, dans des relations de compétition et de collaboration avec les autres ouvriers, de suivre les ordres et les instructions des contre-maîtres et des autres supérieurs. Ensuite, il doit se soumettre à la vie beaucoup plus complexe et variée des fortes agglomérations d’hommes et il doit accepter et assimiler un autre ordre de valeur » [
2].
L’assimilation de cet autre ordre de valeur ne va pas sans poser de graves problèmes d’équilibre dans le comportement des travailleurs africains.
Dans l’économie de marché où l’Afrique se trouve projetée, les normes économiques sont bien souvent, sinon la négation, du moins la subversion du système de valeurs et de référence de la société traditionnelle. Le mobile fondamental de l’économie capitaliste de marché est le profit maximum pour l’individu alors que l’économie traditionnelle était une économie de service au profit de la communauté globale. Le travail était dans cette société traditionnelle la valeur économique primordiale alors que dans l’économie capitaliste le capital règne en souverain.
Au niveau des méthodes nouvelles de production impliquées par l’industrialisation, les déséquilibres introduits ne sont pas des moindres. L’industrialisation et ses méthodes bousculent, en effet, les habitudes paresseuses d’une économie de subsistance. Ce qui ne va pas sans poser de sérieuses résistances : résistances aux changements de routines, résistances aux changements des formes de vie et surtout aux changements de méthodes de travail.
On a souvent parlé de l’inadaptation générale de l’ouvrier africain au travail industriel, à la technique. Les a priori ethnocentriques et racistes mis à part, cette inadaptation à la technique se comprend aisément non seulement à cause du manque de formation technique de la plupart des ouvriers africains, mais encore parce que là où cette formation est tentée, elle manque généralement de repères psychologiques solides grâce auxquels l’adaptation pourrait être efficace.
Le travailleur africain, faute de cette formation méthodique et complète, se trouve ainsi réduit à n’être qu’un robot dans les rouages de l’économie industrielle dont le travail, de surcroît, est émietté et déprimant. Il devient de ce fait le pôle de tension, de deux économies diamétralement opposées dans leurs normes respectives et dans leurs méthodes, le lieu privilégié où se juxtaposent les comportements traditionnels et « modernes », les modèles traditionnels et les modèles nouveaux véhiculés par l’économie occidentale.
Cette situation d’écartèlement pourrait déjà, par elle seule, expliquer pourquoi le rendement du travailleur africain est si souvent médiocre...
D’ailleurs cet écartèlement ne touche pas seulement les individus mais toute la réalité économique et sociale de l’Afrique actuelle.

Dualisme actuel de l’économie africaine

En effet, disloquée au plan socio-géographique ainsi qu’au plan des valeurs, des mentalités et des conduites, la société africaine se trouve aujourd’hui traversée par deux courants qui se traduisent par une juxtaposition de deux univers hétérogènes qui, après s’être heurtés, se sont cristallisés en plein cœur de l’Afrique sans que rien ne contribue à les pousser au dialogue, moins encore à la réconciliation.
Ce dualisme est d’autant plus profond qu’il affecte pratiquement tous les secteurs de la vie et de l’activité socio-économique de l’Afrique : dualisme territorial, dualisme fonctionnel ; dualisme socio-culrurel, dualisme politique, dualisme psychologique.
Nous avons déjà entrevu à travers la dislocation socio-géographique, la profondeur du dualisme territorial non seulement par la disparité constatée du développement entre les secteurs de l’économie traditionnelle et le secteur de l’économie industrielle et commerciale implantée dans les zones urbaines actuelles, mais également par le fait que cette disparité se traduit par une dissymétrie de développement et d’influence telle que le développement des économies urbaines entraîne le dépérissement des économies traditionnelles.
Le dualisme fonctionnel s’observe dans les disparités internes des systèmes des deux économies et dans leurs désarticulation l’une par rapport à l’autre. Nous avons d’ailleurs entrevu plus haut comment l’économie de subsistance continue encore à échapper très largement à ce marché monétaire. Leur désarticulation constitue un obstacle majeur au développement.
Ce dualisme, nous le retrouvons au plan socio-culturel où il prend un caractère plus nettement conflictuel. Il oppose, en effet, les patterns (modèles) socio-culturels traditionnels aux patterns qui régissent l’occidentalisme, acculant l’Africain à une évasion permanente, souvent inconsciente, mais toujours plus dramatique, par rapport à son propre univers culturel, à ses propres normes sociales. Les normes culturelles, sociales, juridiques et politiques de l’Occident vont produire chez lui un clivage psychologique qui affecte profondément sa personnalité et l’installe dans une espèce de sous-humanité et de sous-produit des deux cultures et des deux batteries de patterns sécrétées par les deux sociétés en conflit culturel ouvert.
L’intervention du monde extérieur ne peut que contribuer à accentuer ce tiraillement dramatique. Je voudrais vous en montrer le raffinement à travers le dualisme et même le pluralisme idéologique, philosophique et religieux qui écartèle l’Afrique contemporaine.

Les perspectives de solution de la tension entre la tradition et la modernité

Cette tension qui se durcit de plus en plus en dualisme irréductible apparaît comme un obstacle de taille sur la route du développement économique, politique, technique et socio-culturel de l’Afrique. Et tous les Africains s’interrogent aujourd’hui sur la solution qu’il convient de lui apporter, sur les modalités pratiques de cette solution.
Il n’est pas jusqu’aux poètes et poétesses africains qui n’aient senti profondément ce drame et qui ne l’aient traduit en interrogation tragique au sujet de la voie de solution à suivre.
Je n’en veux pour preuve que ces deux cris angoissés d’une poétesse et d’un poète africains :
« Nous voici (dit la poétesse nigériane Imoukhwede)
Nous voici
ballotés entre deux civilisations.
Je suis lasse, je suis lasse d’être
suspendue entre deux mondes.
Mais où irais-je ? »
,
Et le poète ghanéen Dei Anang de lui faire écho sous une forme tout aussi interrogative :
« Où irais-je ?
En arrière ?
Vers les jours de tambours
et de danses solennelles à l’ombre
des palmes où le soleil darde ses baisers ?
Ou en avant ?
En avant ! Mais vers quoi ?
Vers les taudis ou l’homme vit sur l’homme entassé ?
L’usine ?
Pour y trouver péniblement la seule des heures
dans l’atelier inhumain
courbé sous une malédiction sans fin ? »
On le voit : si tous les Africains conscients de ce drame le ressentent comme nécessitant une solution rapide et salutaire, celle-ci cependant n’apparaît pas clairement de prime abord.
Et c’est cette difficulté qui explique que les Africains se divisent généralement en trois camps correspondant à trois types de solution à ce dualisme tragique.
Un premier groupe voudrait résoudre cette tension par un retour pur et simple à la tradition, par un refus catégorique du deuxième terme de cette tension, à savoir la modernité considérée par la plupart comme la négation de la tradition, comme la photocopie certifiée conforme de l’occidentalisme dans tous les aspects où celui-ci se manifeste : aspects politiques, religieux, économiques, techniques et socio-culturels.
La fidélité à l’Afrique ne pouvant s’accompagner d’une fidélité à l’occidentalisme, l’authenticité africaine passe par le refus pur et simple de ce qui rappelle de près ou de loin des valeurs occidentales qui ont fait trop de mal à l’Afrique en s’affirmant toujours contre les valeurs africaines.
Cette conception dont la noblesse et la nostalgie est quelque chose de très touchant est dangereuse dans la mesure où elle identifie occidentalisme et modernité reléguant du côté de l’occidentalisme toutes les valeurs de progrès indispensables à toutes promotions économiques et sociales à la mesure des problèmes et des sollicitations inévitables du monde contemporain. Cette solution est finalement paresseuse, parce qu’elle nie la tension et refuse d’être fécondée par elle en terme d’impulsions créatrices.
Cette solution rejoint d’ailleurs par certains côtés la deuxième solution que proposent certains autres africains pour résoudre ce dualisme tragique. Certains voudraient en effet que la solution passe par la suppression de la tradition au bénéfice de la modernité. Ici la modernité est identifiée aux valeurs de progrès et la tradition aux forces rétrogrades. Cette modernité qui évacue la tradition africaine se confond elle aussi à l’occidentalisme, dans la mesure où tout son système de référence, toute son inspiration, toutes ses valeurs, sont enracinés dans l’histoire passée et présente de l’Occident, qui apparaît une fois de plus comme le nombril du monde et la norme de tout progrès.
Tout se passe ici, comme si l’Afrique ne devait rechercher la solution de son écartèlement actuel que dans une tragique dilution dans l’occidentalisme, dans une sorte de fuite en avant, comme si elle éprouvait quelque nausée ou quelque dégoût envers son patrimoine propre.
Les Africains de ce groupe rejoignent ainsi, presque à leur corps défendant les tenants européens de l’ethnocentrisme occidental. Ils rejoignent ainsi les protagonistes de la thèse de la supériorité de la civilisation occidentale vers laquelle doivent tendre toutes les autres civilisations dont la civilisation africaine.
Cette thèse de la supériorité de la civilisation occidentale et de l’évolution nécessaire de toutes les autres vers celle-là, est brillamment défendue aujourd’hui encore par de très brillants et très influents intellectuels occidentaux. Je n’en veux pour preuve récente que ces propos du professeur Raymond Aron du collège de France, tenus au cours d’un symposium sur le développement social qu’il a dirigé sous l’égide de l’UNESCO, et où il s’insurge contre ce qu’il appelle l’anti-révolutionnisme des ethnologues.
Dans sa communication intitulée : la théorie du développement et l’interprétation historique de l’époque contemporaine, il écrit :
« Une philosophie de l’évolution suppose un ordre de succession typique, une continuité des changements, une orientation commune vers une société déterminée... La civilisation occidentale est supérieure aux civilisations du passé selon des normes que les ethnologues récusent, mais que les hommes qu’étudient les ethnologues n’auraient pas récusées, en droit sinon est fait... Préférer les sociétés à demi immobiles aux sociétés cumulatives, c’est en dernière analyse, ne pas préférer l’homme humanisé aux premiers exemplaires de l’homo sapiens, c’est refuser toute valeur et toute signification au devenir par lequel se sont éveillés, épanouis les caractères que tous considèrent comme constitutifs de l’humanité en l’homme ».
Les Africains de ce second groupe, en souscrivant, implicitement à cette thèse, qui dresse la modernité contre la tradition considérée comme force rétrograde, en niant par-là la capacité créative et inventive des peuples africains rendent pratiquement insoluble le dualisme de la société africaine contemporaine.
Au moment où l’Occident lui-même traverse une crise profonde de civilisation, où il accuse une dramatique atrophie, voire une décadence de certaines de ses dimensions essentielles, ce serait un acte coupable de légèreté et d’irresponsabilité pour l’Afrique que de vouloir chercher son salut économique, politique et socio-culturel dans les idéologies, les philosophies, les structures économiques et socio-culturelles qui sont bien souvent les éléments résiduels, les précipités historiques de cette crise profonde qui habite l’Occident.
La solution n’est donc pas dans cette négation de la tradition au profit de la modernité essentiellement occidentale, pas plus qu’elle ne peut résider dans le refus de la modernité, dans le retour pur et simple à la tradition.
 

Une solution complexe

La vraie solution est plus complexe et plus exigeante et c’est probablement pour cette raison que ses perspectives rallient si peu d’adeptes.
Il ne s’