Menace sur la succession du Prince René Manga Bell

 Succession  - Canton Bell

Le pseudo testament du Prince René Manga Bell, chef supérieur du Canton Bell éventré. Le successeur désigné contesté par la quasi-totalité du Canton. Les populations en émoi.

 

1- La maladresse du chef supérieur du Canton Bell

Le Tét’ekombo fête commémorative des martyrs camerounais Rudophl Douala Manga Bell et de son fidèle compagnon Adolf Ngosso Din, condamnés à mort puis exécutés par pendaison le 8 Août 1914 par le protectorat allemand s’est achevée le samedi 8 août 2009 par des cérémonies traditionnelles singulières au Parc des Princes à Bali. Mettant ainsi fin à une semaine d’activités placée sous l’égide du Ngondo dont le prince René Manga Bell vient de reprendre les commandes. Les festivités  ont connu une forte mobilisation des Bellois et ont été très courues par de nombreux observateurs. Malheureusement, cette commémoration du 95ème anniversaire de la pendaison de Rudolph Douala Manga Bell, roi Douala a été entachée par la lecture du pseudo testament du Prince René Manga Bell, actuel roi des Bellois. Rendant ainsi délétères toutes les festivités.

En effet, le samedi 8 août 2009 lors du recueillement sur le site de la pendaison de Rudolph Douala Manga Bell, le Prince René Manga Bell, chef supérieur du Canton Bell fait tenir au secrétaire général du Ngondo, Kuntz Priso, une allocution qui tient lieu de testament. Ce dernier ayant parcouru le contenu et sentant le grabuge a passé le document au secrétaire général du Ngondo sortant, Valère Epée pour lecture. Ce dernier décline lui aussi cette opportunité. Le bébé sera filé à un tiers qui lira le mot du prince René Manga Bell. Au final, il va s’avérer être le testament du chef supérieur du Canton. D’autant plus qu’il fait mention enfin que nul n’en n’ignore du nom de son successeur. En la personne de Jean-Yves Manga Bell. Consternation générale au sein des chefs de villages, notables et patriarches Sawa présents. Conséquence, pendant toute la procession retour, le sujet est au centre de tous les commentaires. Même son voyage pour le Canada où il a été invité par la communauté Sawa en sa qualité du président du Ngondo pendant le Tet’eKombo n’a pas atténué l’ire de la communauté Belloise. « Ce n’est pas en fuyant qu’on fait un testament. S’entêter de désigner Jean-Yves serait l’envoyer à la mort, car dans on a déjà tué dans le noir pour moins que ça dans ce Canton », sérine un patriarche.

Depuis lors, les uns et les autres ergotent sur le choix de Jean-Yves Manga Bell pour succéder à son père au trône du Canton au cas où il s’en allait. Pour la quasi-totalité de la communauté et singulièrement des dignitaires de ce canton, ce choix est contesté. Les arguments pour écarter Jean-Yves sont multiples. Tout d’abord Jean-Yves ne serait pas le fils aîné du prince René Bell. Ce qui viole le principe de la primogéniture mal.  S’il bénéficie du refus de l’aîné d’occuper cette haute fonction traditionnelle, il n’en demeure pas moins qu’il n’a pas les faveurs du Canton. Les Bellois lui trouvent tous les défauts ne permettant de faire de lui leur futur chef. «Jean-Yves est marié à une française, ce n’est pas le moindre obstacle. Il n’a pas d’enfant  et ne parle pas Douala. Il est totalement inconnu dans la communauté Belloise, on lui reproche de rien faire pour connaître les siens lorsqu’il arrive au Cameroun. D’autres disent ne pas lui connaître du tout », relève un dignitaire. Et un autre de poursuivre : «Qui peut accepter d’être commandé par un inconnu qui donne l’impression de se foutre du monde.»

 

2- Plan historique

La loi successorale est verticale dans le Canton Bell. C’est-à-dire de père en fils et en application du principe de la primogéniture. Or, il se trouve qu’après la pendaison du roi Douala Manga Bell, le trône est resté vacant pendant plusieurs années.  Alexandre Douala Manga Bell, est alors officier de l’armée allemande qui fit la guerre contre les alliés en 1914 lorsque les allemands tuent son père au Cameroun. Ayant perdu la guerre, les allemands n’avaient plus qu’à faire leurs bagages dans les colonies qu’ils contrôlaient pour céder place aux français et anglais. C’est alors que les allemands renvoient le prince Alexandre aux français puisqu’il devenait un colis encombrant pour eux. Les français à leur tour s’en méfièrent car ils y voyaient un agent double allemand. C’est alors qu’ils le renvoyèrent au Cameroun en retenant son passeport pour l’éviter de retourner en Europe, mais aussi celui de son épouse et de ses enfants (un garçon et une fille) qu’ils empêchèrent de regagner le Cameroun. Le but était de créer une rupture des liens familiaux.

Son fils garçon, José Douala Manga Bell fut enrôlé dans l’armée française où il était caporal. C’est ainsi que les français décident de l’envoyer au Cameroun en 1948 pour éliminer son père. Mais avant son arrivée, la nouvelle s’ébruite au Cameroun. Le prince Alexandre se met sur ses gardes. C’est ainsi qu’arrivé au Cameroun,  José crée un climat délétère avec son géniteur, au point qu’un jour, ils en viennent à bagarrer. Les témoins parlent d’un affrontement entre David et Goliath. Puisque le Prince Alexandre était un nain et son fils José, un géant. Ce dernier cogne copieusement son père. Puisant dans ses derniers forces, le prince va se traîner jusqu’à dans sa chambre où il s’empare de son arme et abat son fils. L’histoire dit qu’ avant de rendre l’âme, José va avouer qu’il était envoyé par les français pour le tuer, ce qui horrifie de plus son père qui va tirer une seconde balle pour l’achever. Malgré cela, Alexandre Douala Manga Bell est élu député à l’Assemblée cette même année. Et revanche sur le sort, avec cette écharpe, il fera le tour du monde et donnera des discours jusqu’à l’Onu au nom du Cameroun. Mais les français ne permirent pas qu’il régnât. Son frère Eithel Douala Manga Bell, père du prince René refuse de prendre les rênes du Canton, c’est alors que le Prince Alexandre désigna son neveu le prince René Manga Bell. Ce qui soulève une autre polémique. « Si le prince Alexandre n’a pas régné d’où tirait-il le pouvoir de désigner un successeur au trône qu’il n’a pas occupé ? », s’interroge ses adversaires, qui se réclament légalistes.

Le problème de la succession du prince René Manga Bell n’est plus simplement une question de la famille Manga, régnante, chez les Bell ; mais le débat s’est déporté aussi dans les trois grands villages (Bonadouma, Bonadoumbe et Bonapriso), mieux dans les douze grands quartiers du Canton. Ils estiment désormais avoir aussi droit au chapitre. Certains disent même qu’il faut rétablir le respect des us et coutumes en la matière. Les adversaires de Sa majesté René Manga Bell, rappelle même qu’il se ventait même d’être le fils du prince Alexandre Douala Manga Bell pour taire ses détracteurs et conforté la justesse de son choix au trône. Au point dit-on d’avoir écrit un livre dédié à son père Alexandre. Mais il se serait avisé depuis que les hiérarques l’ont confronté à la réalité traditionnelle. Celle-ci interdit à toute personne issue d’une relation naturelle et incestueuse d’accéder au trône.

3- Les clés de la succession

Face à cet imbroglio, on évoque même, la menace de voir ce canton se retrouver dans la même situation qu’avait connue la chefferie supérieure de Bonabéri en restant dix années sans chef. Puisque «Jean-Yves est menacé de ne pas recevoir l’onction des trois grands villages du Canton. Ces derniers ayant contre le roi René Bell des rancœurs exacerbées. Jean-Yves ne sera alors que victime des exactions de son père contre ses trois chefs», évoque un patriarche du Canton.  Par ailleurs, tous les frères de René Manga Bell aspirent à la succession et ils ne s’en cachent pas. Seulement, deux des trois frères du roi, sont prétendument écartés du fait qu’ils ont épousé l’un une métisse et l’autre une française. Même si pour eux ce n’est pas un handicap, car estiment leurs partisans, Douala Manga Bell lui-même avait épousé une métisse dont le père était anglais. Ce qui était le cas aussi du prince Alexandre dont l’épouse était de père cubain et de mère allemande. «La famille Belle est très portée vers les blancs. Ce qui fait que les Akwa aiment à nous chahuter en relevant à chaque fois, que nous sommes trop blancs, pour insinuer que nous sommes commandés par les blancs. Ce qui est de plus en plus humiliant pour la communauté Bell. C’est pourquoi les gens de la communauté tiennent à être commandé par un roi noir, marié à une camerounaise pour perpétuer la lignée.» A propos, on dit que le Prince René Bell pour éviter à son successeur d’être confronté à cette exclusion, était allé jusqu’à doté une fille de sang royale pour son fils, mais cette dernière se retrouvera enceinte de quelqu’un d’autre.

Devant une situation aussi brouillée, les patriarches disent s’atteler dans les coulisses à éviter la guerre intestine que pourrait déclencher la perspective d’un trône confié à Jean-Yves. Et pensent que écarter Jean-Yves qui est par ailleurs de plus en plus alléché pour occuper ce trône, résoudrait le problème. Mais alors qui serait alors indiqué par la tradition pour occuper ce trône ? Là est toute l’énigme. Les quelques patriarches et dignitaires approchés penchent pour une solution de régence qui apparaît de plus en plus évidente. Celui qu’on entrevoit pour l’assurer est alors le benjamin des frères du roi, Alexandre Ndoumbe Manga Douala Bell. Ironie du sort, homonyme de celui dont le roi René Manga Bell tient le trône. Ce qui plaide en outre à sa faveur serait qu’il est avec le roi, les seuls princes à avoir épousé les filles du terroir. Le roi René Manga Bell est marié à une fille de Deido et le prince Alexandre Ndoumbé est marié à une Akwa.

 

Enquête de Mathieu Nathanaël NJOG