NGONDO 2008 "« Ô bodu »

 
La touche des Deido
C’est Melle Mbango Makakè Dominique, 20 ans, élève de classe terminale au lycée bilingue de Bonabéri qui a supplanté ses 4 autres challengers à l’élection de la plus belle fille de Deido samedi dernier 22 novembre. En lutte traditionnelle Eboumbou Joseph a été sacré champion chez les poids légers tandis que Njanga Martin s’est illustré chez les poids lourds.
Voilà les jeunes gens qui vont défendre l’étendard du canton Deido aux différentes finales marquant les festivités du Ngondo 2008 le 06 décembre au Parc des Princes de Bali. Pour sa troisième escale, la caravane du Ngondo sera au stade Soppo Priso en face de la polyclinique du même nom. Mais il faudra aux trois cantons qui attendent cette caravane beaucoup d’imagination et de savoir-faire pour hisser leur barre tout au moins là où les jeunes Deido ont placé la leur le 22 novembre dernier.
Tenez ! Ce sont de jeunes filles (pagayeuses) qui ont escorté S.M. Essaka Ekwalla Essaka, le chef du canton à son arrivée à la place de la fête. Elles étaient à bord d’une pirogue constituée du tout nouveau pagne des Ebelè Ebelè dont la sortie officielle est imminente. Le geste bien rythmé sur un de ces ngoso ou esèwè qui accompagnent les tâches quotidiennes de nos pêcheurs, cultivatrices et autres vignerons pour alléger leurs peines.

Mais la grande attraction de cette soirée, sans rien enlever à la force, la ruse et les prises de nos jeunes lutteurs, ni au charme et au savoir-faire des princesses de beauté parmi lesquelles sera élue la brillante étoile : tolè, restera cette scène d’esclavage. Avec un Blanc venu acheter des esclaves noirs auprès des autres Noirs. Une scène qui rappelle à la mémoire collective que ces Noirs qui peuplent les Amériques aujourd’hui sont aussi partis du Cameroun par Bonamatoumbè à Douala IV, par Bimbia dans le Sud-Ouest. C’est émouvant et cela devrait renvoyer les Sawa à une nécessaire autocritique pour relever les défis qui les interpellent aujourd’hui et demain.

La vitesse de croisière

Cette semaine, la caravane qui a atteint sa vitesse de croisière sera successivement dans les cantons Njo Njo (Bell) Bèlè-Bèlè (Bonabéri) et Bakoko (Japoma). Partout là, on est dans la fièvre des préparatifs. Même effervescence dans les différents départements de cette institution. Celui des femmes se préparent pour l’excellence culinaire sawa qui aura lieu le 5 décembre. Mme Palestine Mpondo, la présidente de ce département promet des mets locaux, traditionnellement mijotés par les jeunes filles et femmes de son école.
A travers la ville, des entreprises citoyennes apportent du leur à la fête à travers des banderoles qui surplombent les artères de la capitale économique. C’est dire que Douala est déjà “passionnément ngondo” selon une de ces banderoles. Au Parc des Princes de Bali, en attendant la grande soirée des tolè et des ngum, ces intrépides lutteurs, l’ère est à la foire.
On annonce également un street printing dans les rues de Douala et de

Yaoundé. Des artistes peintres se livreront à l’exercice de leurs talents en public.
Au palais Dika Akwa (Mukanda) les inscriptions se poursuivent pour le semi-marathon ouvert à tous les athlètes désireux de mesurer leur vélocité et leur endurance à celles des autres. Effectivement, comme chaque année, depuis plus d’une décennie, la fête du Ngondo met Douala en branle. Mais une question préoccupe nombre d’habitants de la ville et ceux d’ailleurs auxquels parviennent ces échos…

La fête aujourd’hui et après ?

La semaine prochaine sera marquée par une série de conférences sur les grands sujets de l’heure : le Sida, l’histoire du Cameroun. Le secrétaire général, le prince Mony Mony Akwa fera une sortie à cet effet lundi 1er décembre. Sans doute pour restituer le Ngondo de nos jours. D’aucuns ne voient que cette fête dont la particularité cette année et qu’elle s’ouvre davantage aux autres communautés non sawa qui peuplent Douala et qui participent à son développement. Toutes prendront part à un carnaval que les organisateurs annoncent richement coloré.

Mais au-delà de ces aspects ludiques, le tribunal d’équité d’antan, le creuset à partir duquel ont été posés les échafaudages du Cameroun moderne, on ne ferme pas la porte après la fête de fin d’année. De nos jours le Ngondo demeure une des plus anciennes institutions sinon la seule qui sert de cadre de réflexion et de proposition des milieux traditionnels auprès des institutions républicaines.

A travers ses différents départements, il assure l’encadrement des couches sociales déshéritées, des jeunes et des femmes. C’est dans ce rôle d’encadrement qu’il distribue chaque année avec l’appui des entreprises citoyennes des prix aux meilleurs élèves sawa ainsi qu’aux différents lauréats et artisans de chaque fête. Au lendemain des émeutes sociales des 25, 26 et 27 février 2008, le Ngondo s’est prononcé fortement contre ce désordre puis il a invité les chefs des différentes communautés de Douala à une concertation au terme de laquelle les deux parties ont pris l’engagement de travailler ensemble pour préserver la paix sociale dans la ville.
Le département des femmes assure un travail presque quotidien d’éducation, de formation et d’information de celles qui connaissent quelques lacunes. Elle a mis sur pied, avec la générosité de quelques âmes charitables une bibliothèque qui pourrait, avec le temps, se développer en médiathèque.

Les activités qui jalonnent les deux semaines précédant la grande fête de l’eau témoignent de l’implication du Ngondo dans l’encadrement des masses pour une dynamisation du patrimoine culturel sawa. L’autre soir à Deido, S.M. Madiba Songuè a présenté l’institution comme une grande case avec des chambres différentes. Il a appelé les occupants de ces différentes chambres à entretenir aussi et surtout la salle de séjour par laquelle passent les visiteurs de chacun avant d’entrer dans la chambre qui lui est propre. C’est un vibrant appel à l’unité et à la solidarité. C’est dire qu’il y a encore du travail à faire au sein de l’institution.

C’est par un point de presse que Sa Majesté Madiba Songuè, président en exercice du Ngondo a donné samedi dernier 15 novembre le coup d’envoi des festivités marquant le Ngondo 2008. Un Ngondo qui se veut plus rassembleur dans la mesure où toutes les composantes sociologiques de la ville sont conviées à prendre part à un grand carnaval qui traversera une grande partie de la cité. Le thème cette année, c’est : O bodu (en plein action). Un thème qui, selon les organisateurs sied bien au fait que les Sawa continuent à imposer l’action de leurs pagaies et de leur intelligence sur la poussée de l’eau et des vagues. Les organisateurs précisent par ailleurs que “O bodu” n’est ni une interpellation ni une sensibilisation. “C’est plutôt une affirmation de l’existence d’une force propulsante, une proclamation de notre pouvoir et de nos connaissances religieuse, scientifique, économique et mystique.”

Face à la presse, Sa Majesté Madiba Songuè Salomon et le secrétaire général, le prince Money Money Akwa ont réitéré certaines préoccupations du Ngondo parmi lesquelles l’acquisition d’un terrain pour la construction d’un siège. Il entend aussi se donner un personnel permanent d’appui pour assurer sa gestion quotidienne. Jusqu’à présent, ce sont les bana ba kodi (des volontaires) qui assistent le président et le secrétaire général pour faire avancer la barque.

Après cette conférence de lancement, c’est le canton Akwa qui a été la première étape de la caravane. C’est la grande cours du lycée qui a servi de cadre à cette grande kermesse qui a vu la consécration de Edèmè Mboulè comme champion de lutte traditionnelle et de Kwedi Eboa Thérèse comme plus belle fille (Tolè) du canton. Il en sera ainsi à chaque étape. A la fin ce sont les champions des différents cantons ainsi que leurs reines de beauté qui rivaliseront de force et d’astuces pour les uns, de charme et de savoir-faire pour les autres qui s’affronteront les 6 et 7 décembre. On verra alors qui est qui.

Rappelons qu’en 2007, le champion chez les poids lourds venait du canton Bakoko en la personne de Djeki Michael. Chez les poids légers, c’était Mpessa Ndika de Deido. Tandis que Mlle Mouyombon Mboumoua Yoyo Karine du canton Bell s’est élevée au-dessus des autres filles. A la course des pirogues, les rameurs Bakoko ont supplanté ceux de Njo’a bwalo du Nkam.

Un problème délicat
Ainsi donc après les Bonambela ce sont les Bonebelè, le canton Deido qui reçoit ce samedi 22 novembre la caravane du Ngondo. Dimanche, elle s’arrêtera chez les Belè Bèlè (Bonabéri) qui portera encore le deuil de la princesse Charlotte Kum’a Mbappè qui sera conduite à sa dernière demeure la veille. Le 28 novembre, la caravane sera à Njo Njo (Bell) et enfin chez les Bakoko du Wouri le 29. Il y a lieu de constater que le canton Bassa ne figure pas sur cet itinéraire. C’est dire que la querelle dynastique n’a pas encore trouvé de solution sur le plan traditionnel. Même si l’administration a cru devoir avaliser un chef contesté. Cela ne veut pour autant pas dire que pour le Ngondo, la troisième pierre des masoso ma nyambe n’existe pas.
Cette absence du canton Bassa sur l’itinéraire de cette caravane pose néanmoins un problème délicat quand on sait que les Nsah du Wouri constituent avec les Bakoko et les Duala ces masoso ma Nyambe. On espère toutefois que par un dialogue franc et pour l’intérêt supérieur du canton Bassa, cette querelle connaîtra une fin satisfaisante pour tous.
Depuis le 15 novembre, la foire du Ngondo bat son plein au Parc des princes de Bali. Au Menu : la gastronomie locale, un podium de musiques contemporaines, expressions culturelles de toutes les ethnies du pays ainsi que de la réclame. On a que l’embarras du choix comme de coutume.